Clermont Innovation Week

Des expériences grandeur nature pour révolutionner l’élevage laitier

L’innovation est partout ! Rien d’étonnant alors à ce qu’on la retrouve aussi dans les champs. C’était le thème de l’évènement intitulé « After Sciences » qui a eu lieu ce jeudi 08 avril. Dématérialisée pour cause sanitaire, cette rencontre qui aurait dû avoir lieu au sein de la librairie associative, le GRIN, a tout de même été orchestrée par Mathieu, son coordinateur.
Consacrée à l’agriculture, cette « causerie » a réuni plus d’une vingtaine de personnes autour du questionnement : « Une agriculture durable, locale et éco-citoyenne ? ». Rendu dynamique par le biais de sondages et de questionnaires virtuels, le débat aura été riche en découvertes et en interactions. Mission réussie donc, malgré les écrans.

Pourquoi essayer de nouvelles manières de faire ?

En introduction, il a été fait le constat que l’élevage, notamment laitier, est en difficulté pour diverses raisons. Aujourd’hui, les éleveurs bénéficient d’une image dégradée auprès d’une partie de la population, à cela s’ajoutent les problèmes récurrents de leur profession : changement climatique, aléas météorologiques, et bien sûr, prix de vente de leur production trop faible. 
Contraints de faire face à leurs problématiques au jour le jour, ils n’ont pas le temps d’expérimenter de nouvelles solutions. 
C’est pourquoi le projet Coccinelle (CO-Concevoir avec les CItoyens un Nouvel ELevage Laitier Écologique de Montagne) a vu le jour, aidé par le HUB’ Innovergne (qui fait partie des actions du Cap 20-25) qui soutient le développement d’initiatives qui mettent en relation chercheurs et acteurs socio-économiques.

Herbipôle : pour tester une nouvelle façon d’élever

Premier projet, une « station expérimentale », en résumé, une ferme test. Les deux ingénieurs-agronomes, Mathieu Bouchon et Dominique Pomiès y éprouvent des techniques d’élevage, sans pour autant avoir les soucis de rentabilité et de revient d’une ferme classique. Pour diriger leurs recherches, ils se sont basés sur les besoins, les demandes des citoyens afin de répondre à leurs attentes de consommateurs, mais aussi, de voir si elles sont compatibles avec les contraintes d’un élevage. 
Cette ferme expérimentale, installée à Marcenat dans le Cantal, est donc 100 % herbagère (c’est-à-dire que les vaches ont accès à l’herbe ou à du fourrage seulement, pas de complément). 
Elle respecte l’environnement et la biodiversité grâce à une sous-exploitation de 10 % des parcelles et à la plantation de haies. Les vaches laitières ne sont séparées de leurs veaux qu’après 3 mois, maintenant ainsi le lien maternel (à titre de comparaison, dans un élevage classique, le veau reste moins de 24 h avec sa mère.). Cette expérience, débutée en 2020, est toujours en cours. Elle devrait s’échelonner sur plusieurs années. Les résultats sont donc à suivre, mais nul doute qu’ils pourraient révolutionner l’élevage laitier.

Le Réseau d’Initiatives et sa première étude

source : Clermont Innovation Week 8/04 : AFTER-SCIENCE : Une agriculture durable, locale et éco-citoyenne ? La science en action

Autre expérience, cette fois dont les résultats sont partiellement connus. Menée par Audrey Michaud, chercheuse à l’INRAE Vetagrosup en collaboration active avec l’association « Éleveurs Autrement », elle avait pour but de tester des actions en conditions réelles directement dans des élevages volontaires.  Pour cela, Bruno Gourdin, président de l’association et d’autres éleveurs ont participé à une étude concernant l’alimentation des ruminants, un point central dans tout élevage. 

Différentes options ont été testées concernant la quantité et la régularité de la nourriture distribuée. Ces études, menées sur 9 semaines (et écourtées à cause de la pandémie) ont montré qu’un accès et une quantité limités n’avait aucun effet sur la quantité de lait produite contrairement aux idées reçues. Cependant, il a été noté un léger impact sur la qualité du produit. Ce travail de recherches collaboratives pourrait avoir à terme un fort intérêt pour les agriculteurs. Ils subissent les changements climatiques et ont parfois d’énormes difficultés à se fournir en fourrage à cause des épisodes de sécheresses. 

Toutes ces études tendent à être prolongées sur le long terme, car elles pourraient apporter des solutions aux éleveurs face aux nombreuses pressions sociales et environnementales. Ce sont sans aucun doute de belles pistes d’innovations pour commencer à imaginer l’élevage laitier de demain.